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Yamaha OX99-11 : la supercar V12 née de la Formule 1

Présentée en 1992, la Yamaha OX99-11 associait un V12 dérivé de la Formule 1, une monocoque en carbone et une étonnante configuration en tandem.


Quand on parle de Yamaha, l’image de la moto s’impose presque immédiatement. Pourtant, l’histoire de la marque japonaise avec l’automobile est bien plus riche qu’on ne l’imagine. Dès la fin des années 1950, Yamaha étudie la possibilité de développer une voiture de sport. Un premier prototype biplace équipé d’un moteur quatre cylindres de 1 953 cm³ est achevé en 1960, sans déboucher sur une commercialisation. Quelques années plus tard, Yamaha joue un rôle majeur dans le développement et la fabrication de la Toyota 2000GT. La marque participera ensuite à différents projets automobiles et au développement de moteurs pour plusieurs constructeurs. Mais au début des années 1990, Yamaha ne veut plus seulement fournir un moteur ou travailler dans l’ombre d’une autre marque. Elle veut créer sa propre supercar.


Une présentation très remarquée en 1992

Le 12 mai 1992, Yamaha présente officiellement l’OX99-11 près de Londres devant environ une centaine de journalistes européens.

Le projet avait déjà été annoncé quelques mois auparavant, mais cette présentation permettait pour la première fois aux médias de découvrir physiquement la voiture. Yamaha la désignait alors comme une « GP SuperCar », une automobile directement inspirée de son expérience en Grand Prix et en Formule 1.


L’objectif était particulièrement ambitieux : réunir dans une voiture homologable pour la route un moteur dérivé de la compétition, une aérodynamique très poussée et une fabrication artisanale faisant appel à des matériaux de haut niveau. L’OX99-11 n’était donc pas pensée comme une simple GT puissante. Elle devait se rapprocher d’une voiture de course adaptée à un usage routier.


Un V12 directement lié au programme de Formule 1


Au cœur de l’OX99-11 se trouve un moteur V12 atmosphérique ouvert à 70 degrés, d’une cylindrée de 3 498 cm³. Ce moteur à double arbre à cames en tête possède cinq soupapes par cylindre, soit soixante soupapes au total.

Il dérive du moteur OX99 développé par Yamaha pour son programme de Formule 1. Une version de ce V12 équipait notamment la Jordan-Yamaha 192 engagée durant la saison 1992.

Pour son utilisation routière, le fonctionnement du moteur avait naturellement été adapté afin de le rendre plus souple et plus exploitable qu’un véritable bloc de Grand Prix.

La puissance de la version routière est généralement annoncée autour de 400 ch, même si les documents Yamaha disponibles ne présentent pas de mesure officielle détaillée permettant de confirmer précisément ce chiffre.

Le V12 était installé en position centrale et associé à une boîte manuelle transversale à six rapports entièrement synchronisés.

La transmission utilisait également un embrayage bidisque.


Une véritable structure de voiture de compétition

L’OX99-11 ne reposait pas sur un châssis traditionnel de voiture de route. Son habitacle était intégré à une cellule monocoque en fibre de carbone, conçue comme une véritable coque de survie. Cette architecture reprenait directement certains principes utilisés en Formule 1, où la rigidité et la protection du pilote jouent un rôle essentiel.


Contrairement à ce que certaines descriptions modernes laissent entendre, la carrosserie extérieure n’était pas entièrement réalisée en carbone. Les panneaux étaient façonnés à la main en alliage d’aluminium par des artisans britanniques. L’OX99-11 associait ainsi une structure carbone très moderne à une carrosserie aluminium produite selon des méthodes presque artisanales.


Les suspensions adoptaient des doubles triangles, avec des ressorts et des amortisseurs installés à l’intérieur de la structure.

Le freinage reposait sur quatre disques ventilés associés à des étriers à quatre pistons. La direction utilisait un système à crémaillère.


Ses dimensions confirmaient son caractère radical :

  • longueur : 4 400 mm ;

  • largeur : 2 000 mm ;

  • hauteur : 1 220 mm ;

  • empattement : 2 650 mm ;

  • garde au sol minimale : 100 mm.


Yamaha indique un poids de 1 000 kg pour le prototype conservé dans sa collection historique. Un chiffre particulièrement impressionnant pour une voiture équipée d’un V12 de 3,5 litres.


Un conducteur au centre et un passager derrière

La particularité la plus spectaculaire de l’OX99-11 se trouve dans son habitacle. Le conducteur est installé au centre de la voiture.Le passager ne prend pas place à côté de lui, mais directement derrière, dans une configuration en tandem. Cette disposition rappelle l’univers de la moto, où le passager est positionné derrière le pilote. Les deux occupants sont installés sous une longue verrière qui évoque davantage le cockpit d’un avion ou d’un prototype d’endurance que l’habitacle d’une automobile classique.


Ce choix permettait de conserver une cellule centrale particulièrement étroite et d’améliorer la circulation de l’air autour de la carrosserie. Il donnait également à l’OX99-11 une identité immédiatement reconnaissable, très éloignée des Ferrari, Lamborghini ou Porsche de la même période.


Une carrosserie dessinée comme une aile inversée

Le dessin de l’OX99-11 est attribué au designer japonais Takuya Yura. L’objectif n’était pas uniquement de créer une silhouette spectaculaire. La carrosserie fut développée à partir d’essais aérodynamiques afin que les parties supérieure et inférieure de la voiture fonctionnent ensemble.


Le profil général devait agir comme une aile inversée, destinée à générer de l’appui et à maintenir la voiture au sol à haute vitesse.

Yamaha souhaitait obtenir un niveau d’efficacité aérodynamique proche de celui d’une voiture de course, sans multiplier les grands ailerons et les appendices ajoutés. Les panneaux d’aluminium étaient ensuite façonnés à la main pour reproduire les formes définies durant les études et les essais en soufflerie. Cette combinaison entre technologie de pointe et travail artisanal constituait l’une des grandes particularités du projet.


Une production prévue au Royaume-Uni

La fabrication de l’OX99-11 devait être assurée par Ypsilon Technology Ltd., la filiale britannique de Yamaha installée à Milton Keynes. Cette structure avait initialement été créée pour préparer, entretenir et assister les moteurs Yamaha engagés en Formule 1.

Elle reçut ensuite la mission de finaliser le développement et d’organiser la production de la supercar.


Les moteurs devaient être fabriqués par Yamaha au Japon, puis intégrés dans les voitures assemblées au Royaume-Uni par une équipe comprenant plusieurs techniciens expérimentés issus de la compétition automobile.


La commercialisation était principalement destinée au marché européen et devait commencer en 1994. Chaque exemplaire aurait été fabriqué à la main, ce qui permettait d’atteindre un haut niveau de finition, mais entraînait également un coût de production considérable. Le prix envisagé aurait placé l’OX99-11 parmi les voitures les plus chères de son époque.


John Watson au volant de la Yamaha

L’une des anecdotes les plus intéressantes liées à l’OX99-11 concerne la présence de John Watson lors de la présentation du projet. L’ancien pilote de Formule 1, vainqueur de cinq Grands Prix, apparaît au volant de la voiture dans les documents de communication diffusés par Yamaha en 1992.


Sa présence renforçait naturellement le lien entre la supercar et l’engagement de Yamaha en Formule 1. L’OX99-11 n’était donc pas uniquement un exercice de style destiné à être exposé sur un salon. La voiture était roulante et Yamaha voulait démontrer qu’elle provenait réellement de son expérience acquise sur les circuits.


Pourquoi le projet fut-il abandonné ?

L’OX99-11 devait arriver sur le marché à une période particulièrement difficile. Au début des années 1990, l’éclatement de la bulle spéculative japonaise et le ralentissement économique mondial modifient profondément les perspectives commerciales.

Dans ce contexte, produire une supercar artisanale équipée d’un V12 dérivé de la Formule 1 devenait très difficile à justifier économiquement.


Le prix final aurait été extrêmement élevé, pour un volume de production forcément limité.Yamaha finit donc par abandonner le projet avant la commercialisation prévue en 1994. Aucune OX99-11 de série ne fut vendue.


Trois prototypes seulement

Trois prototypes de l’OX99-11 sont généralement recensés. En 2016, Yamaha a réuni trois exemplaires lors d’une démonstration consacrée à ses véhicules historiques sur son circuit d’essais de Fukuroi, au Japon.


Le fait que Yamaha ait conservé et entretenu ces voitures montre l’importance de l’OX99-11 dans l’histoire de la marque. Elle n’est pas considérée comme un simple projet abandonné, mais comme une véritable démonstration de son savoir-faire technique. Certains prototypes continuent d’être présentés ou mis en mouvement lors d’événements historiques organisés par Yamaha.


Des performances spectaculaires, mais difficiles à certifier



De nombreux articles attribuent à l’OX99-11 une puissance proche de 400 ch, une vitesse maximale d’environ 350 km/h et une accélération de 0 à 100 km/h en un peu plus de trois secondes.

Ces données sont largement reprises, mais elles doivent être considérées avec prudence.


Elles ne semblent pas provenir de mesures officielles publiées après une véritable campagne d’essais complète. L’OX99-11 n’ayant jamais atteint le stade de la production, ses performances ne furent pas certifiées dans les mêmes conditions que celles d’une voiture commercialisée.


Les caractéristiques certaines restent déjà exceptionnelles :

  • un V12 atmosphérique de 3,5 litres dérivé de la Formule 1 ;

  • cinq soupapes par cylindre ;

  • une boîte manuelle à six rapports ;

  • une monocoque en fibre de carbone ;

  • une carrosserie façonnée en aluminium ;

  • un conducteur installé au centre ;

  • un passager placé en tandem ;

  • et un poids annoncé par Yamaha de seulement 1 000 kg.


Une architecture avant-gardiste

L’OX99-11 est parfois rapprochée de la McLaren F1, dévoilée à la même période. Les deux voitures partagent notamment l’idée d’un conducteur installé au centre et l’utilisation d’un moteur atmosphérique à douze cylindres. Mais leurs configurations restent différentes.


La McLaren F1 accueille deux passagers légèrement en retrait de chaque côté du conducteur, tandis que l’OX99-11 place son unique passager directement derrière lui. La Yamaha adopte ainsi une philosophie plus proche d’un avion, d’une moto ou d’un prototype de compétition. Elle possédait également une approche plus radicale dans sa forme, avec une carrosserie extrêmement étroite autour du cockpit et des volumes directement dictés par l’aérodynamique.


Une voiture différente des supercars européennes

Au début des années 1990, le marché des supercars est dominé par des modèles comme la Ferrari F40, la Lamborghini Diablo, la Porsche 959 ou la Jaguar XJ220. L’OX99-11 proposait une vision très différente. Elle ne cherchait pas à être une grande GT luxueuse ou une évolution extrême d’une voiture de route existante. Yamaha avait imaginé une automobile entièrement nouvelle, développée autour d’un moteur de compétition, d’une cellule carbone et d’un poste de conduite central. Son habitacle en tandem et son dessin aérodynamique lui donnaient une personnalité qui ne ressemblait à aucune autre voiture de son époque.


Le symbole du savoir-faire automobile de Yamaha

L’OX99-11 n’a jamais eu l’occasion d’affronter commercialement les grandes supercars européennes. Elle reste pourtant l’une des démonstrations les plus spectaculaires du savoir-faire automobile de Yamaha.


Le projet réunissait plusieurs domaines dans lesquels la marque possédait déjà une véritable expertise :

  • la conception de moteurs à haut régime ;

  • la compétition automobile ;

  • l’utilisation de matériaux légers ;

  • l’aérodynamique ;

  • la fabrication artisanale ;

  • et l’intégration d’un moteur dans une architecture complète.


L’OX99-11 rappelle ainsi que Yamaha ne s’est jamais limitée à la moto. La marque avait les compétences nécessaires pour concevoir une automobile complète, techniquement radicale et profondément originale. Plus de trente ans après sa présentation, elle conserve une place à part dans l’histoire des supercars japonaises.Elle représente une période où Yamaha aurait pu devenir, au moins temporairement, un constructeur automobile à part entière.


L’OX99-11 aurait-elle pu s’imposer face aux grandes supercars européennes si Yamaha l’avait commercialisée en 1994 ?




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Yamaha OX99-11 : histoire et secrets de la supercar V12 de 1992

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Présentée en 1992, la Yamaha OX99-11 associait un V12 dérivé de la Formule 1, une monocoque en carbone et un étonnant habitacle en tandem.

 
 
 

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