1990–2000 : l’après-Groupe B n’a pas calmé le rallye. Il l’a réinventé.
- Philippe
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En 1986, le Groupe B s’arrête. Le rallye, lui, doit apprendre à continuer. On présente parfois les années suivantes comme un retour à la raison. C’est passer à côté de l’essentiel.
La décennie 1990–2000 n’a pas été une version assagie du Groupe B. Elle a été le laboratoire du rallye moderne : voitures issues de la série, offensive des constructeurs japonais, naissance des World Rally Cars, exploits des Kit Cars et génération de pilotes devenue légendaire.
Le Groupe B avait créé le mythe. Les années 1990 allaient créer une nouvelle réalité.
Lancia : gagner par l’évolution
À partir de 1987, le Groupe A devient la catégorie reine du Championnat du monde, placé sous l’autorité de la FIA – Fédération Internationale de l’Automobile. La philosophie change profondément : les constructeurs doivent désormais partir de voitures beaucoup plus proches de la production.
Sur le papier, cela ressemble à une contrainte. Pour Lancia, ce sera une occasion historique.
La Delta HF 4WD, puis les Integrale, Integrale 16V et Evoluzione deviennent les différents chapitres d’une même progression technique. Voies élargies, carrosserie adaptée, refroidissement optimisé, motricité améliorée : chaque évolution répond à un besoin précis.
Le résultat reste exceptionnel : six titres constructeurs consécutifs entre 1987 et 1992. Juha Kankkunen est champion en 1987 et 1991. Miki Biasion s’impose en 1988 et 1989.

La Delta démontre ainsi qu’une voiture de rallye n’a plus besoin d’être un prototype radical pour dominer. Elle peut naître d’un modèle de série et devenir, évolution après évolution, une référence absolue.
Toyota ouvre le front japonais
En 1990, Carlos Sainz devient champion du monde avec la Celica GT-Four de Toyota Motor Corporation. Il recommence en 1992. Juha Kankkunen prend le relais en 1993, puis Didier Auriol devient, en 1994, le premier Français sacré champion du monde des rallyes.
Toyota remporte également les titres constructeurs en 1993 et 1994. La Celica incarne parfaitement l’esprit du Groupe A : moteur turbo, transmission intégrale et véritable lien d’homologation avec la voiture de route.
La Celica GT-Four RC est ainsi produite à environ 5 000 exemplaires afin de permettre l’homologation de la future voiture de rallye. À cette époque, gagner un championnat commence encore sur une chaîne de production et dans les concessions.

1995 : le rallye change de dimension
Subaru Corporation engage la Legacy en WRC à partir de 1990. Sa première victoire mondiale arrive en Nouvelle-Zélande en 1993, avec Colin McRae. Mais c’est l’Impreza, développée avec Prodrive, qui va transformer l’image de la marque.
Compacte, bleue, chaussée de jantes dorées et portée par un moteur boxer reconnaissable avant même que la voiture n’apparaisse, l’Impreza devient immédiatement une signature visuelle et sonore.
En 1995, Colin McRae remporte le titre mondial à seulement 27 ans. Il devient le premier Britannique champion du monde et établit un record de précocité qui tiendra jusqu’en 2022. Subaru décroche son premier titre constructeurs, puis conserve cette couronne en 1996 et 1997.
Le rallye entre alors dans la culture populaire. Les retransmissions télévisées, les cassettes vidéo et les premiers jeux sur console font découvrir cette discipline à une génération entière.
Mais la saison 1995 possède également sa face sombre. Après le Rallye de Catalogne, les contrôles techniques révèlent sur la Toyota Celica GT-Four un système dissimulé permettant de contourner les effets du restricteur d’air du turbo.
Toyota est exclu du championnat 1995 et suspendu pour la saison suivante. L’affaire reste l’un des scandales techniques les plus célèbres de l’histoire du WRC. Elle montre surtout jusqu’où certains constructeurs étaient prêts à aller pour obtenir quelques chevaux supplémentaires.

Mäkinen et Mitsubishi : quatre titres sans changer de philosophie
Pendant que Subaru devient une icône, Mitsubishi Motors Corporation construit une autre forme de domination.
Tommi Mäkinen remporte quatre titres pilotes consécutifs, de 1996 à 1999, avec les différentes évolutions de la Lancer. Mitsubishi décroche également le titre mondial des constructeurs en 1998.
Le détail le plus remarquable est souvent oublié : alors que ses principaux adversaires adoptent progressivement la réglementation World Rally Car, Mitsubishi continue de faire évoluer une Lancer construite selon les principes du Groupe A.
La voiture reste donc étroitement liée à sa version de série au moment même où elle remporte quatre championnats pilotes consécutifs.

Mäkinen n’est pas seulement rapide. Son pilotage est précis, direct et parfois spectaculaire, notamment sur les routes finlandaises où les compressions, les sauts et les arbres ne pardonnent aucune hésitation.
1997 : naissance de la World Rally Car
En 1997, la FIA – Fédération Internationale de l’Automobile introduit la réglementation World Rally Car. La rupture technique est considérable.
Le constructeur doit toujours partir d’un modèle produit en série. Mais celui-ci n’a plus besoin d’exister en concession avec un moteur turbo et une transmission intégrale directement comparables à ceux de la voiture de compétition.
Il devient donc possible de transformer une traction de grande série en voiture de rallye turbo à quatre roues motrices. Le lien avec la production n’est pas supprimé : il est redéfini.
Subaru Corporation et Prodrive développent l’Impreza WRC. Toyota Motor Corporation engage la Corolla WRC et remporte le titre constructeurs en 1999. Ford Motor Company et M-Sport UK Ltd font évoluer l’Escort WRC avant de lancer la Focus WRC.
SEAT S.A. arrive avec la Córdoba WRC. Škoda Auto choisit l’Octavia WRC. PEUGEOT lance la 206 WRC en 1999.
Cette même année, Colin McRae quitte Subaru pour Ford. La nouvelle Focus WRC remporte sa première victoire dès la troisième manche de sa première saison, au Safari Rally.

La transition est achevée : le championnat est désormais celui des World Rally Cars.
Les deux roues motrices refusent de s’incliner
Pendant que les WRC turbo à quatre roues motrices occupent le sommet, une autre catégorie fait trembler les chronomètres sur l’asphalte.
Les Kit Cars sont légères, atmosphériques, très larges et entraînées uniquement par leurs roues avant. La Clio Maxi de Renault Group devient, en 1994, le premier modèle homologué selon le principe Kit Car dans la catégorie deux litres et deux roues motrices.
La 306 Maxi de PEUGEOT développe environ 285 chevaux. Aux mains de Gilles Panizzi, elle remporte les championnats de France 1996 et 1997.
Puis arrive l’un des épisodes les plus étonnants de toute la décennie.
En 1999, la Xsara Kit-Car de Citroën ne se contente pas de remporter sa catégorie. Avec Philippe Bugalski et Jean-Paul Chiaroni, elle gagne deux manches du Championnat du monde au classement général : le Rallye de Catalogne et le Tour de Corse.

Une traction atmosphérique vient de battre les meilleures WRC turbo à quatre roues motrices.
Sur l’asphalte sec, la légèreté, la précision du châssis et l’exploitation des pneumatiques ont pris le dessus sur la puissance et la transmission intégrale. Peu d’histoires résument aussi bien la liberté technique des années 1990.
2000 : la Peugeot 206 ouvre un nouveau chapitre
La décennie se termine avec une voiture immédiatement reconnaissable.
Compacte, courte et extrêmement agile, la 206 WRC permet à PEUGEOT de remporter le titre constructeurs dès 2000. Marcus Grönholm devient champion du monde des pilotes la même année.

De la Lancia Delta à la Peugeot 206 WRC, le rallye a changé de visage en un peu plus de dix ans. Le Groupe A avait rapproché la compétition de la série. Les constructeurs japonais avaient transformé le championnat en affrontement mondial. Les Kit Cars avaient prouvé qu’une idée différente pouvait encore battre la technologie dominante.
La réglementation World Rally Car avait, quant à elle, offert aux ingénieurs une nouvelle liberté sans rompre totalement avec les modèles vendus au public.
Des pilotes indissociables de leurs voitures
Carlos Sainz, Juha Kankkunen, Miki Biasion, Didier Auriol, Colin McRae, Tommi Mäkinen, Richard Burns, François Delecour, Gilles Panizzi ou Philippe Bugalski n’ont pas seulement gagné des rallyes. Ils ont donné une personnalité à chaque voiture.
C’est aussi pour cette raison qu’une Delta HF 4WD, une Celica GT-Four, une Impreza Groupe A, une Lancer Evolution, une Kit Car ou une 206 WRC ne peut pas être jugée uniquement sur son palmarès.
Son identité exacte, son châssis, sa configuration technique, ses évolutions et son historique sportif peuvent raconter une histoire aussi importante que ses résultats.
Et si le rêve était plus accessible qu’on ne l’imagine ?
Il faut être clair : une ex-usine victorieuse, dotée d’un châssis incontestable et d’un grand palmarès, reste rare et coûteuse. Mais cette décennie ne se résume pas à quelques voitures mythiques valorisées à sept chiffres.
Entre les versions routières d’homologation, les Groupe N, les Groupe A destinées aux clients, les voitures engagées dans les championnats nationaux et certaines préparations historiques correctement réalisées et documentées, il existe plusieurs niveaux d’accès à cette époque.
Selon le modèle, l’authenticité, l’état, le palmarès et l’utilisation envisagée, certains projets restent accessibles pour des montants nettement inférieurs à ce que le prestige de ces voitures pourrait laisser penser.
Le rêve n’exige donc pas systématiquement un budget à sept chiffres. Il exige surtout de savoir précisément ce que l’on achète.

Le prix d’entrée ne doit jamais faire oublier le coût d’une remise en conformité, la disponibilité des pièces, les révisions mécaniques ou les frais nécessaires pour faire rouler la voiture dans de bonnes conditions.
C’est là que la vérification du châssis, de la fiche d’homologation, de la configuration, des évolutions et de l’historique devient essentielle.
Le Groupe B a créé le mythe.
Les années 1990 ont inventé le rallye moderne.
Et contrairement à ce que beaucoup imaginent, une partie de ce rêve demeure encore accessible.
Si vous ne pouviez conserver qu’une seule voiture de cette décennie, laquelle choisiriez-vous ?



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